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Hugues Aufray : « Mon rôle, c’est celui de fraterniser »

Hugues Aufray, 96 printemps au compteur, est actuellement en tournée, intitulée « En ballade ! », qui passe par le Silo de Marseille mardi 2 décembre. L’occasion de revenir avec ce chanteur qui a popularisé le répertoire anglo-saxon en France, sur 65 ans de carrière et certains de ses tubes comme « Santiano » ou encore sa rencontre avec Martin Luther King en 1966.

 

La Marseillaise : Pourquoi le thème de la fraternité est-il au cœur d’un certain nombre de vos titres depuis 65 ans et le début de votre carrière ?

Hugues Aufray : Si j’ai chanté ça, c’est que cela a toujours occupé la totalité de mon esprit. Pas en tant que chanteur mais en tant qu’être humain. Lorsque j’étais plus jeune, je voulais faire de la sculpture et je ne me destinais pas du tout à la chanson. Malgré tout, quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup chanter à l’église, en chorale car j’ai fait ma scolarité chez les curés, les Dominicains. Nous chantions alors énormément. On avait un professeur de musique qui nous transmettait cela d’une façon incroyable. Il s’appelait Monsieur Bach. C’était un descendant de Jean-Sébastien Bach qui tenait les orgues de l’école de Sorèze [commune du Tarn où il est élevé par sa mère pendant la guerre, jusqu’en 1945, Ndlr].

L’amour de la musique vous est donc venu en même temps que la religion ?

H.A. : Chez moi, la musique était liée au christianisme. Moi, je suis chrétien non pratiquant. Je suis agnostique. Je sais que les valeurs fondamentales de l’humanisme, on les retrouve dans le christianisme : la fraternité, la lutte contre le racisme... Après l’aspect négatif de la religion, c’est sa politisation. Ils ont mis de la politique dans les religions, aussi bien dans l’islam que le judaïsme et le christianisme. Mais, à l’origine, si ces religions sont différentes, elles ont quand même le point commun de ne croire qu’en un seul dieu, ce qui ne fait donc pour moi aucune différence entre elles.

Votre répertoire est aussi marqué par le voyage. D’où provient-il ?

H.A. : J’ai toujours eu envie de voyager mais je n’en avais pas les moyens quand j’étais jeune. C’était alors la guerre, l’avenir était sombre. Un peu plus tard, j’ai eu le rêve américain en tête. Je lisais des bouquins de Mark Twain et j’étais aussi attiré par leur amour pour la musique.

Dans les années 1960, vous rencontrez d’ailleurs Bob Dylan et faites partie des premiers Françaisà adapter ses chansons, voirel’un des premiers à populariserdans l’Hexagone ce type de répertoire anglo-saxon...

H.A. : À la base, j’ai traduit les chansons de Bob Dylan car je ne comprenais pas ce qu’il disait. Les gens ont souvent perçu cela comme de la facilité mais moi, quand j’étais jeune, je n’avais pas du tout l’intention d’écrire des chansons. Après, pour revenir à mon goût pour l’Amérique, il est aussi né car c’était à l’origine une terre d’immigrés qui y ont emmené avec eux leurs musiques respectives. La musique américaine est née de la plus grande migration de l’humanité : celle qui vient d’Afrique car il y a eu la déportation de tous ces malheureux, noirs, esclaves. Au contact des chrétiens et protestants qui y ont créé des temples, les noirs ont mis tout leur génie pour transformer ces musiques et en faire le blues, le gospel, puis le swing, le jazz... Une histoire d’héritage et de métissage.

En 1966, à Paris, vous faites partie d’artistes qui chantent lors du premier concert français contre le racisme, devant Martin Luther King...

H.A. : Oui j’ai chanté Les crayons de couleur [adaptation du titre What color (is a man), Ndlr]. J’ai eu l’occasion de lui parler un peu mais je ne pratiquais pas bien l’anglais. J’étais un enfant de nature dyslexique. J’ai eu beaucoup de difficultés lors de ma scolarité. Je n’ai commencé à lire couramment le français qu’à l’âge de 11 ans. Les premiers livres en anglais que j’ai lus, c’était Mark Twain, Le livre de la jungle de Rudyard Kipling... Lors du concert contre le racisme, les gens ont expliqué à Martin Luther King qui j’étais. J’avais déjà la trentaine. Moi, mon rôle, c’est de fraterniser. Et ce que je crois être juste, je le dis dans mes chansons.

La fraternité et le voyage irriguent aussi et surtout, votre premier tube « Santiano », sorti en 1961. Une reprise d’un chant de marins irlandais, lui-même repris par la suite parles supporters de l’OM austade Vélodrome (« Hissez haut,les drapeaux »)...

H.A. : Enfant, j’avais le rêve d’aller aux États-Unis, où la musique populaire était considérée et merveilleuse. Je m’en suis inspiré sans savoir que j’allais par la suite avoir tout ce succès. Mais, aujourd’hui, quand vous me dîtes qu’ils chantent Santiano pendant les matchs de l’OM, je pense que c’est cela ma réussite. Tout comme quand j’entends plein d’enfants chanter encore Hasta luego, Céline, Stewball et bien d’autres. Ça me touche. L’enfance, c’est quelque chose de capital. Et Santiano, c’est aussi un titre qui est chanté à chaque match par les supporters de l’équipe de rugby de La Rochelle.

Lien permanent Catégories : Artiste : Hugues Aufray, Chansons, Compositeur Pin it! 0 commentaire Imprimer

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