Oumou Sangaré : « Les artistes, nous nous battons avec notre micro » (29/08/2026)
À l’occasion de son passage à la Fête de l’Humanité, l’icône malienne de 58 ans évoque son dernier album, Timbuktu, son engagement en faveur des femmes, la situation de son pays et le pouvoir universel de la musique. Rencontre avec une artiste humaniste, qui a fait de sa voix une arme de paix.
Que représente pour vous la Fête de l’Humanité ?
Pour moi, c’est l’un des événements musicaux les plus importants. Tout est basé sur l’humanité, sans elle, il n’y a pas de vie. C’est donc essentiel pour moi d’accompagner ce genre d’initiative. La musique est un formidable moyen de transmettre des messages et de sensibiliser les gens. Elle permet de toucher les consciences plus facilement et de défendre des valeurs comme la solidarité et le partage.
Que va-t-il se passer sur scène ?
Je ne vais pas tout vous dévoiler ! (Rires) Mais j’invite tout le monde à venir nous voir parce que nous réservons de très belles choses. Il y aura huit musiciens sur scène. C’est un concert qui traversera toute mon histoire musicale. Mon dernier album, Timbuktu, sera évidemment à l’honneur.
Vous avez composé Timbuktu pendant le confinement. Cette parenthèse a-t-elle changé votre manière de créer ?
Oui. Au départ, j’étais partie à Baltimore aux États-Unis pour seulement deux semaines. Puis le Covid est arrivé et je suis restée bloquée là-bas. Alors j’ai appelé Mamadou Sidibé qui vivait à Los Angeles. Ce joueur de kamele n’goni (le luth traditionnel) m’accompagne depuis mes débuts et nous avons commencé à travailler ensemble. La nostalgie du Mali a été une immense source d’inspiration.
Chaque jour, j’apprenais qu’une nouvelle région avait été touchée par les violences. J’étais loin de mon pays, inquiète pour les miens. J’ai écrit des chansons contre la guerre, des chansons d’amour, sur l’éloignement, sur l’isolement… Et je suis toujours inquiète, car mon pays brûle devant le monde entier. Je vois autour de moi trop de sang, des enfants innocents tués, des femmes massacrées… C’est insupportable.
Vous continuez malgré tout à faire entendre votre voix…
Oui, nous continuons à dire ce qui ne va pas, à parler des injustices. Nous nous battons à travers notre micro, mais ce n’est pas facile. Nous essayons de sensibiliser les gens parce que je pense que la guerre n’a jamais résolu aucun problème. Alors pourquoi ne pas parler avant autour d’une table ? Pourquoi attendre que tant de vies soient perdues ? C’est cela qui est profondément dommage.
Vous réussissez à préserver les traditions musicales du Wassoulou tout en proposant un son très contemporain. Comment trouvez-vous cet équilibre ?
Si cette musique est connue aujourd’hui dans le monde entier, c’est justement parce qu’elle est restée fidèle à ses racines. Cela fait bientôt quarante ans que je tourne au Japon, au Mexique, en Australie, dans toute l’Europe… À force de voyager, on découvre d’autres sonorités.
J’essaie donc de faire une musique qui reste ancrée dans la tradition du Wassoulou tout en étant ouverte sur le monde. Dans mon groupe, il y a des musiciens français. Chacun apporte son savoir-faire, et tout est mis au service de cette identité musicale. La musique montre qu’il est possible de créer ensemble malgré nos différences. C’est toute sa puissance.
Depuis le début de votre carrière, vous défendez les droits des femmes. Avec le recul, quels sont, selon vous, les plus grands progrès accomplis ?
Je pense que nous avons réussi à éveiller beaucoup de consciences grâce à la musique. Il y a trente ans, la situation des femmes en Afrique était encore plus difficile qu’aujourd’hui. Je suis fière du chemin parcouru. Les femmes sont de plus en plus conscientes de leurs droits. Elles prennent la parole, elles avancent dans tous les domaines. Partout où je vais, des femmes me disent : « Tu es notre source d’inspiration, notre modèle. »
Cela me touche énormément même si le chemin est encore long. Ce qui me donne aussi beaucoup d’espoir, c’est que de plus en plus d’hommes prennent désormais la parole pour défendre les droits des femmes. Sur les réseaux sociaux, j’en vois de plus en plus s’engager à leurs côtés. C’est très positif parce que ce combat concerne tout le monde.
Vous dites souvent que votre plus belle récompense n’est pas un prix, mais de voir des artistes comme Aya Nakamura ou Beyoncé revendiquer votre influence. Qu’avez-vous ressenti lorsque cette première vous a invitée à chanter à ses côtés sur la scène du Stade de France en mai dernier ?
C’était très touchant. Aya a toujours dit que je l’avais beaucoup inspirée. Au début, je lui disais en plaisantant : « Vouloir être Oumou Sangaré, ce n’est pas facile ! » (Rires) Elle n’a pas peur d’affronter les difficultés. Elle a montré qu’être une femme n’est absolument pas une faiblesse. Au contraire. Elle s’est battue, elle a tenu bon et elle a prouvé sa force. Je suis très fière de son parcours, c’est une femme qui sait ce qu’elle veut.
Depuis toujours, vous évoquez votre enfance, cette période où vous aidiez votre mère en vendant des sachets d’eau dans la rue. Quand vous montez sur scène aujourd’hui, pensez-vous encore à cette petite fille ?
Oui, toujours. Ma mère s’est énormément battue pour nous élever dignement malgré les difficultés. Cette force de caractère, je l’ai héritée d’elle. C’est d’elle aussi que je tiens cette énergie. Elle me disait : « Ferme les yeux et chante. » Cette habitude ne m’a jamais quittée. Cette petite fille est toujours en moi, je ne l’oublie jamais.
Qu’est-ce qui vous donne encore de l’espoir aujourd’hui ?
Le réveil des consciences. J’aimerais que l’humanité prenne le temps de s’asseoir, de dialoguer pour la paix avant qu’il ne soit trop tard. Parler vaut toujours mieux que faire la guerre.
Timbuktu, d’Oumou Sangaré, World Circuit Records
Oumou Sangaré sera en concert le 11 septembre à la Fête de l’Humanité, à la Base 217, au Plessis-Pâté (Essonne).
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