Fabrizio de André, l'émergence d'un Brassens italien (27/01/2026)
Chantée en italien, son œuvre compte parmi les plus importantes de la chanson européenne. Hommage au cantautore Fabrizio de André (1940-1999), qui vit en Brassens un véritable Socrate, et qui chanta les marginaux, la vie et l'amour avec humanité.
Véritable conteur, Fabrizio de André décida de chanter l'amour par la fable et mit au centre de ses textes les antihéros de la société dans laquelle il vivait. Dans les années 1960, c’est un titre comme “La Canzone di Marinella” qui lui a permis de gagner sa vie comme cantautore, un terme désignant les gens qui chantent, qui écrivent et qui composent leurs propres chansons.
Chanter les marginaux
Né à Gênes en 1940, juste avant la guerre et dans une famille très bourgeoise, Fabrizio de André vit sa petite enfance dans une grande liberté, habitant notamment à la campagne, où la guerre les mène. Il retourne ensuite à Gênes, ville au port labyrinthique où l’on retrouve marins, pêcheurs, artisans mais aussi prostituées et voleurs. Gênes que Fabrizio de André chante dans des titres comme “La città vecchia” (1965), qui évoque la vieille ville tout en se référant aux nombreux textes qui ont formé sa plume. Parmi ces derniers, Embrasse-moi de Jacques Prévert, une évocation de la figure des prostituées.
Toute sa vie, Fabrizio de André sera le chanteur des marginaux. Il se sent lui-même en marge de sa famille très bourgeoise, dont le père, grand lecteur, lui transmet l’amour de la langue française. D’abord marié à Enrika avec qui il a un enfant, Fabrizio choisit de s'éloigner de cette vie conventionnelle au profit de l'alcool et de l'anarchie.
Georges Brassens, un maître à penser
Fabrizio de André ne serait sans doute pas devenu Fabrizio de André s'il n'avait pas écouté un certain Georges Brassens dans les années 1950. Une découverte musicale qui lui montre à quel point les chansons peuvent parler du monde réel. En outre, son premier album, Tutto Fabrizio De André (1966), comprend deux chansons de Brassens, dont La marche nuptiale.
Il fait également référence à l'oeuvre de Brassens dans des chansons comme Bocca di Rosa, qui peut faire penser au titre Brave Margot de ce dernier. Bocca di Rosa est devenue si mythique qu'on l'utilise plus ou moins dans la langue italienne comme synonyme d'une femme légère ou d'une prostituée. Car c'est un peu l'histoire que raconte cette chanson inspirée à Fabrizio de André par l'une de ses premières fiancées, une prostituée surnommée Anna “la gorilla”.
Un engagement pacifiste
La violence et la guerre comptent parmi les thématiques qui habitent Fabrizio de André. On les retrouve dans une chanson comme “La ballata dell'eroe”, chantée par un certain Luigi Tenco, camarade de Fabrizio, compagnon de Dalida et dont le suicide tragique en 1967 au festival de la chanson italienne de Sanremo fut longtemps entouré de mystère. En outre, la mort de son ami marqua durablement Fabrizio de André.
Avant cela, dans la chanson antimilitariste “La guerra di Piero” (1964), Fabrizio de André affirme son pacifisme radical. Préfigurant l'engagement social et politique du cantautore, ce titre fait autant référence à un oncle revenu des camps de concentration qu'au Dormeur du Val de Rimbaud et aux textes pacifistes de l'écrivain et résistant Italo Calvino, notamment Dove vola l'avvoltoio?.
Fabrizio de André a illuminé la vie de ceux qui l'ont écouté, celle des Italiens en particulier, mais aussi celle d'un Wim Wenders, qui en a fait un maître à penser, ou d'un David Byrne, des Talking Heads, qui voit en lui un des grands fondateurs du rock. En outre, Fabrizio de André se lance à la fin des années 1960 dans une série d’albums concepts, pensant chaque objet comme une œuvre qui s’écoute du début à la fin.
La question religieuse abordée de front
Son anarchisme lui vient de Georges Brassens, qu'il nommait son Socrate, de même que sa capacité à créer des fables en chanson. C’est ainsi que, dans “La ballata dell’amore cieco” (1966) - la balade de l’amour aveugle -, Fabrizio de André nous parle de cet homme si amoureux d’une femme qu’il s’ouvre les veines pour elle.
Son rapport à Dieu, en revanche, n’est pas le même que celui de Brassens. Car si ce dernier, pour ainsi dire, évacue la question religieuse, Fabrizio de André, qui a subi une société italienne très catholique, l'aborde frontalement dans un album comme La buona novella (1970), revenant avec humanité sur l'histoire de ses grands figures et se penchant par exemple sur l’enfance de Marie ( “L’infanzia di Maria”).
Gênes, la Sardaigne et la Méditerranée
Après avoir beaucoup chanté Gênes et son engagement politique, en 1976, Fabrizio de André s'installe en Sardaigne, où il vit une expérience traumatisante et bien connue de sa carrière. Lui et son épouse Dori Ghezzi y sont en effet enlevés par un groupe d’hommes armés qui les retiennent plus de 120 jours dans la montagne. Après leur libération en échange d’une rançon, Fabrizio de André fait notamment référence à cet événement dans l'album L'indiano (1981).
Par la suite, Fabrizio de André continue de chanter la Méditerranée dans un disque comme Crêuza de mä (“sentier muletier”). Sorti en 1984, ce dernier invite à la fois les langues, les récits et les instruments de la région génoise tout en convoquant l'ensemble du bassin méditerranéen comme une seule nation.
12:50 | Tags : fabrizio de andre, brassen, italie | Lien permanent | Commentaires (0)