Cesária Évora, diva aux pieds nus et reine de la morna (14/01/2026)
A la découverte de l’humanité et de la générosité de la reine de la morna, un style musical qui est l’identité même du Cap-Vert et dont la chanteuse est la plus célèbre ambassadrice.
C’est une musique qui se chante et se danse au son d’une guitare d’un violon ou d’un cavaquinho, une petite guitare portuguaise. On peut l’entendre dans les salons et les bars de Praia ou de Mindelo, là où l’on chante les sentiments, la séparation et les retrouvailles. Un soir des années 60, un groupe de musiciens se retrouve au Grémio Recreativo, une salle huppée de Mindelo. Après avoir écouté des compositions d’Eugénio Tavares, de Fernando Quejas ou encore de B Leza, une chanteuse attend son tour pour gagner un peu d’argent grâce à sa voix. Avant de monter sur scène, elle retire ses chaussures car c’est ainsi qu’elle chante la morna, peu importe le lieu et le public, la Diva aux pieds nus va comme elle l’entend…
Qui t'a montré ce long chemin? Ce chemin pour São Tomé ? C’est la Sodade, c’est la mélancolie que chante Cesária Évora. Sodade est l’un des plus grands succès de la chanteuse. A l’origine il s’agit d’une composition des années 50, une coladeira, c’est à dire une morna rapide. La chanson Sodade, rend hommage à tous les capverdiens qui ont été forcés de se rendre à Sao Tomé, une île colonisée elle aussi par le Portugal de Salazar. Elle évoque la nostalgie des héritiers des esclaves, ces travailleurs exilés qui regardent l’océan les séparant des îles du Cap-Vert, de ce petit pays et de ses habitants que Cesária Évora n’a jamais cessé de chanter et d’aider…
En écoutant ses parents musiciens qu’elle a très peu connus, dans les chorales de son orphelinat, dans les rues de Mindelo à la Saint-Sylvestre, dans un bar de Lisbonne en 1987 où elle rencontre le manager qui changera sa vie, sur la scène de l’Olympia, dans le monde entier et jusqu’à son dernier souffle Cesária Évora chante la morna. Un style musical qu'elle modernise en ajoutant des synthétiseurs et en le menant vers des horizons inattendus. Avec la bossa nova, la sodade rejoint la saudade, avec Compay Segundo, la morna prend des airs de salsa tandis qu’avec l’Egyptien Fathy Salama, on la joue désormais sur des instruments orientaux. Mais à chaque fois on retrouve cette même voix et cette même mélancolie qui la prenait loin de son pays ou certains soirs à la fin de sa vie lorsqu’elle passait devant un café et se souvenait de ses débuts et de cette première paire de chaussures déposée.
11:39 | Tags : cesaria evora | Lien permanent | Commentaires (0)